Caen : une maison sur cinq est une passoire, contre un appartement sur treize

En bref
À Caen, 20,9 % des 3 890 maisons diagnostiquées sont classées F ou G, contre 7,4 % des 39 936 appartements. Le parc collectif, largement reconstruit après 1945 et raccordé au réseau de chaleur, échappe en grande partie au problème.
Un écart inhabituel entre les deux parcs
Les données publiques de l'ADEME couvrent 45 563 diagnostics réalisés à Caen, dont 8,8 % classent le logement en F ou G.
La moyenne masque deux marchés très différents. Les 3 890 maisons affichent 20,9 % de passoires et 24,3 % de classes E : près d'une sur deux se situe sous la classe D.
Les 39 936 appartements sont à 7,4 % de passoires. Un rapport de un à trois, quand l'écart habituel se situe plutôt autour de un à deux.
Ce que la reconstruction a produit
L'explication tient à l'histoire du bâti caennais. La ville a été très largement détruite en 1944, puis reconstruite en quelques décennies, essentiellement sous forme d'immeubles collectifs.
Ce parc a donc été bâti d'un seul tenant, avec des matériaux et des principes constructifs homogènes, puis massivement raccordé à un chauffage collectif. Le bâti de la reconstruction n'est pas performant au sens moderne, mais il est régulier : peu de très bons résultats, peu de très mauvais.
Le parc individuel, lui, a échappé à cette logique. Il rassemble ce qui a survécu, ce qui s'est construit en périphérie au fil du temps, et il n'a bénéficié d'aucune opération d'ensemble.
Le réseau de chaleur confirme la lecture
Un chiffre illustre l'écart de traitement entre les deux parcs. Les 9 773 logements caennais raccordés au réseau de chauffage urbain affichent 0,4 % de passoires, le meilleur résultat de la ville, mais 52,2 % sont classés D et 4,0 % seulement atteignent les classes A ou B.
Le réseau protège donc très efficacement du seuil de la passoire, sans permettre d'accéder au haut du tableau. C'est exactement le profil du parc collectif caennais : régulier, protégé, plafonné.
Ce réseau dessert par nature les immeubles. Les maisons en sont exclues, et le chiffre de 20,9 % en découle largement.
Le fioul, concentré sur le parc individuel
Le second facteur se lit dans les énergies. Les 1 003 logements chauffés au fioul domestique affichent 57,5 % de passoires et 31,0 % de classes E.
Neuf sur dix se situent donc en E, F ou G. C'est de très loin le segment le plus dégradé de la commune, et il se recoupe très largement avec le parc individuel : le fioul est resté là où ni le gaz de ville ni le réseau n'ont été déployés.
À titre de comparaison, les 18 893 logements au gaz naturel sont à 9,7 % de passoires et les 15 737 à l'électricité à 9,8 % : les deux énergies dominantes ne se départagent pas.
Un plafond bas pour toute la ville
Une caractéristique dépasse la question des maisons : Caen n'affiche que 2,7 % de classes A ou B sur plus de quarante-cinq mille diagnostics.
Même les 1 737 immeubles entiers, qui atteignent 7,3 % de A-B, restent loin de ce qu'on observe dans les villes au parc plus récent.
Concrètement, un vendeur caennais ne doit pas viser une étiquette que le marché local ne produit pratiquement pas. Passer de F à D est ici un résultat solide, et comprendre comment se construisent les classes évite d'y voir un demi-échec.
Les murs, 60 % du parc à traiter
Le facteur explicatif de fond reste l'enveloppe. Les 27 439 logements caennais aux murs insuffisants, soit 60 % du parc, affichent 13,7 % de passoires et 0,3 % de classes A ou B.
Les 5 803 aux murs très bien isolés tombent à 0,2 % et atteignent 15,8 % de A-B. Un écart de un à soixante-huit.
Pour une maison individuelle caennaise, l'isolation par l'extérieur reste le plus souvent praticable, contrairement aux immeubles de pierre du centre. C'est le poste au meilleur rapport gain-coût, et un audit énergétique permet de le chiffrer avant d'engager la dépense.
Un point de vigilance propre à la Normandie
Un dernier élément mérite d'être signalé aux propriétaires de maisons anciennes. La région est concernée par le risque de mérule, et l'humidité qui la favorise dégrade aussi les performances thermiques d'un logement.
Une isolation posée sur un mur humide donne un résultat décevant, et peut aggraver le problème en empêchant le séchage. L'ordre des opérations compte donc : traiter l'humidité d'abord, isoler ensuite.
Les obligations d'information sur la mérule varient selon les arrêtés en vigueur et se vérifient au moment de la vente.
Ce que nous conseillons avant de vendre
Si vous vendez une maison à Caen, faites établir le diagnostic tôt : statistiquement, vous appartenez au segment le plus exposé de la commune, et l'audit énergétique réglementaire s'impose à la vente des maisons individuelles classées F ou G. Les conditions évoluent et se vérifient au moment de la mise en vente.
Si vous vendez un appartement raccordé au réseau, le risque de découvrir une passoire est faible, mais votre étiquette ressemblera à celle de vos voisins.
Établissez l'année de construction, qui commande le constat plomb pour les biens antérieurs à 1949 et le repérage amiante pour ceux d'avant juillet 1997, ce qui concerne la quasi-totalité du bâti de la reconstruction. Le reste suit le dossier de vente, avec l'état des risques à vérifier par adresse : l'inondation et les cavités concernent plusieurs secteurs caennais. Les passoires thermiques de la ville ne sont pas réparties au hasard.
Questions fréquentes
Pourquoi les maisons caennaises sont-elles si exposées ?
20,9 % de passoires contre 7,4 % pour les appartements. Le parc collectif a été reconstruit d'un seul tenant après 1944 puis raccordé au réseau de chaleur ; le parc individuel n'a bénéficié d'aucune opération d'ensemble.
Le réseau de chaleur est-il un bon signal à Caen ?
Pour éviter la passoire, oui : 0,4 % seulement. Mais 52,2 % des logements raccordés sont classés D et 4,0 % seulement atteignent les classes A ou B. C'est une protection, pas une performance.
Pourquoi si peu de classes A ou B dans la ville ?
2,7 % sur plus de 45 000 diagnostics. Le parc caennais est dominé par le bâti de la reconstruction, régulier mais non performant au sens moderne. Passer de F à D est ici un résultat solide.
Faut-il traiter l'humidité avant d'isoler ?
Dans une maison ancienne normande, c'est l'ordre à respecter. Une isolation posée sur un mur humide donne un résultat décevant et peut empêcher le séchage, ce qui favorise la mérule.
Sources officielles
- Service-Public.fr : Diagnostic de performance énergétique (DPE) · Obligations, validité et contenu du DPE.
- ADEME : Observatoire des DPE et audits · Statistiques publiques des DPE réalisés en France.
- Géorisques (ministère de la Transition écologique) · État des risques par adresse (inondation, argiles, termites, radon).
- Annuaire officiel des diagnostiqueurs certifiés · Vérifier la certification d'un diagnostiqueur.